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La glisse, la montagne et ceux qui nous suivent

Ski de fond : farter ou pas, selon la neige

Avatar de Loïc Pennanec'h

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4 min de lecture

La question revient à chaque sortie : faut-il farter, ou les skis s’en sortiront-ils seuls ? La réponse ne dépend ni de l’habitude ni du modèle de ski, mais d’abord de la neige que l’on a sous les spatules ce jour-là.

Le fartage, à quoi ça sert exactement ?

Le fartage répond à deux besoins opposés : la glisse, qui réduit le frottement pour avancer, et la retenue, qui crée au contraire une accroche sous le pied pour pousser sans reculer. En ski de fond classique, c’est cette seconde fonction qui pose le plus de questions, car elle dépend directement de la température et de la structure du cristal de neige, deux paramètres qui changent d’une heure à l’autre en montagne.

Sur neige fraîche et froide, le fartage de retenue fait la différence

Une neige fraîche, sèche et froide, avec des cristaux encore anguleux, accroche naturellement assez peu sous un ski lisse. C’est le cas où un fart de retenue adapté à la température change vraiment la sensation de poussée : sans lui, on patine sur place à chaque relance en montée. Plus la neige est froide, plus le fart doit être dur, sous peine de coller de la neige sous le ski plutôt que de simplement accrocher.

Sur neige transformée, la logique s’inverse

Dès que la neige transformée apparaît — sous l’effet du regel puis du redoux, avec des cristaux arrondis et une surface plus humide — la donne change. Ce type de neige accroche déjà davantage naturellement, et un fart de retenue mal choisi, trop dur pour la température du jour, peut au contraire freiner la glisse sans apporter d’accroche utile. C’est le moment où beaucoup de fondeurs allègent volontairement le fartage, voire s’en passent sur les sorties courtes.

Et les skis sans cire, alors ?

Les skis à écailles ou à peau de phoque synthétique, dits « sans cire », proposent une accroche mécanique intégrée sous le pied, qui dispense du fartage de retenue. Ils perdent en revanche en glisse pure par rapport à un ski fraîchement farté sur une neige qui s’y prête, et leur accroche mécanique réagit moins bien sur neige très dure ou glacée, où rien ne remplace un fartage adapté. Le choix entre les deux dépend surtout de la régularité des sorties : qui skie plusieurs fois par semaine sur des neiges changeantes gagne à apprendre le fartage, qui sort occasionnellement peut se contenter d’un ski sans cire.

Faut-il farter à chaque sortie, alors ?

Non. Sur neige transformée humide ou sur neige damée fraîchement retravaillée avec une accroche naturelle suffisante, un fartage systématique n’apporte rien et peut même nuire à la glisse. La bonne question n’est jamais « ai-je farté la dernière fois », mais « quel est l’état de la neige ce matin » : un ski qui a bien fonctionné hier peut glisser sans accroche aujourd’hui si la température a chuté pendant la nuit.

Un repère simple : passer la main sur la neige

Avant même de sortir le fart, un geste suffit à orienter le choix : passer la main sur la neige tassée. Si elle reste sèche et poudreuse, qu’elle ne colle pas et qu’elle garde sa forme en cristaux visibles, on est plutôt du côté d’une neige froide qui demandera un fartage de retenue franc. Si elle est humide, qu’elle se tasse facilement en boule dans la paume et qu’elle laisse les doigts mouillés, elle s’est déjà transformée et un fartage trop appuyé ne fera que freiner la glisse. Ce test, répété au fil des sorties, apprend à lire une neige bien plus vite qu’un tableau de correspondance température-fart, qui reste toujours une moyenne.

Ce qu’il faut retenir avant de partir

Trois repères suffisent à décider sans hésiter longtemps devant le sac de fart :

  • Neige fraîche et froide : fartage de retenue nécessaire, plutôt dur.
  • Neige transformée et humide : fartage allégé, voire absent, au risque sinon de freiner la glisse.
  • Doute persistant ou sorties peu fréquentes : un ski sans cire évite d’avoir à trancher à chaque fois.

Le sujet est documenté plus en détail, avec le détail des familles de farts et leurs températures d’usage, dans l’article consacré au fartage. C’est aussi une compétence qui s’apprend en marge du ski de fond pur, tout comme observer l’état du terrain sert à qui pratique d’autres sorties hivernales en balade dans la nature, où lire la neige et le sol conditionne tout autant la sortie.


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